Des assises entre deux chaises

Mardi, Nicolas Sarkozy a tenu un discours venant clôturer les Assises des Territoires Ruraux, lancée par le Ministre Michel Mercier fin 2009. Que peut-on en ressortir ? Il y en a eu pour tous les goûts, ou presque. Le MRJC décrypte l’ensemble.

Un discours plein d’entrain… Le Président de la République met en exergue l’attachement de tous les Français à ces territoires ruraux, porteurs de valeurs vraies et authentiques. Arrivera-t-on un jour à sortir de cette image caricaturale du monde rural où il fait bon vivre, où l’on respecte la nature et où les habitants s’entraident ? Arrêtons les préjugés : vivre en rural, c’est être confronté aux mêmes problématiques que celles traversent la société actuelle. Bien entendu, certains problèmes sont spécifiques et demandent des réponses spécifiques mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est penser une politique globale de développement des territoires. Et cela passe par la prise en compte des liens entre urbain et rural : pas une seule fois cette relation n’a été mentionnée dans le discours alors qu’il est impossible aujourd’hui d’isoler les territoires ruraux du monde urbain.

… avec des réponses fractionnées … Pour « inventer l’avenir du monde rural », le Président de la république a évoqué de nombreux sujets. Outre la réforme des collectivités territoriale, de la taxe professionnelle, de la poste qui n’étaient pas des sujets abordés au cours des Assises, il a proposé d’autres mesures : la couverture haut-débit de tout le territoire, le soutien à des plateformes de co-voiturage, l’accès à une santé de proximité, le soutien à la réhabilitation de logements modestes sans oublier le soutien à l’équipement numérique des cinémas ruraux ou encore la mise en place de distributeurs de billets dans les bourgs-centres isolés. Quelle cohérence entre toutes ces mesures ? Les réponses sont encore une fois apportées de manière sectorielle. Même si elles viennent répondre à certaines préoccupations ou difficultés individuelles que rencontrent les ruraux, même si certaines vont dans le bon sens comme le soutien à la consommation de produits locaux, il manque ici un réel plan de développement global des territoires ruraux, en articulation avec le monde urbain.

… et des grands oubliés ! Qu’en est-il, par exemple, d’un soutien aux organisations qui oeuvrent pour favoriser le lien social en milieu rural, la participation des citoyens à la vie et au développement de leur territoire ? Les associations sont oubliées de ces conclusions. Elles ont pourtant contribué à la réflexion des assises en montrant la plus value indispensable qu’elles apportent à ces territoires ruraux qui ont besoin d’animation, d’innovation, de dynamiques attractives.

Rien non plus n’est évoqué concernant les jeunes. Il y a pourtant un enjeu crucial à leur permettre d’envisager leur avenir en rural. Mais, a priori, on préfère « primer celui qui trouve un successeur pour reprendre son commerce » plutôt que d’aider directement les jeunes à reprendre une entreprise, par exemple en mettant en place une dotation aux jeunes entrepreneurs.

Monsieur le Président, le monde rural change et nous avons besoin de passer à « une vision offensive » des politiques publiques à mettre en œuvre. Pourtant, ce discours laisse la sensation amère que toutes les réponses n’y sont pas et qu’encore une fois, les associations, que vous avez pourtant encensées lors de vos vœux le 22 janvier dernier comme un maillon indispensable à notre société, sont oubliées. Et si nous mettions un peu de cohérence entre les discours et les actes ?

Audrey Massié, Présidente du MRJC

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Des Assises entre deux chaises

Communiqué du MRJC suite aux Assises des Territoires Ruraux